Extrait de "Le Condamné à Mort" de Jean Genet
LES ASSASSINS DU MUR
"Les assassins du mur s'enveloppent d'aurore
Dans ma cellule ouverte au chant des hauts sapins
Qui la berce accrochée à des cordages fins
Noués par des marins que le clair matin dore.
Qui grava dans le plâtre une Rose des Vents?
Qui songe à ma maison, du fond de sa Hongrie?
Quelle enfant s'est roulée sur ma paille pourrie
A l'instant du réveil d'amis se souvenant?
Divague ma folie, enfante pour ma joie
Un consolant enfer peuplé de beaux soldats,
Nus jusqu'à la ceinture, et des frocs réséda
Tire d'étranges fleurs dont l'odeur me foudroie.
Arrache de ces doux les gestes les plus fous.
Dérobe des enfants, invente des tortures,
Mutile la beauté, travaille les figures,
Et donnent la Guyane aux gars, pour rendez-vous.
O mon vieux Maroni, ô Cayenne la douce!
Je vois les corps penchés de quinze à vingt fagots
Autour du mino blond qui fume les mégots
Crachés par les gardiens dans les fleurs et la mousse."
Il faut être un tourmenté pour bien saisir la force de ces mots... Ave Genet !